Le terme a été forgé en 1989 par la juriste et universitaire afro-américaine Kimberlé Crenshaw. Elle a souhaité mettre en lumière la situation spécifique des femmes noires américaines, dont les difficultés n’étaient pas prises en compte de manière adéquate par les lois traitant séparément du sexisme et du racisme.
L’intersectionnalité est devenu au fil des années un outil d’analyse sociale qui désigne la situation de personnes subissant simultanément plusieurs formes de discrimination ou de domination (sexe, origine, classe sociale, orientation sexuelle, handicap). Ces différentes oppressions s’additionnent généralement, elles s’entrecroisent et s’amplifient mutuellement pour créer des expériences d’oppression et de discrimination augmentées.
Ce concept est aujourd’hui largement utilisé dans les domaines de la sociologie, du droit et des politiques publiques pour garantir une représentation plus juste et inclusive des personnes qui cumulent différentes sources d’oppression et de discrimination.
L’approche intersectionnelle permet ainsi de comprendre les origines et les conséquences des inégalités systémiques en dépassant une vision unique ou monolithique.
L’approche systémique trouve son ancrage dans le matérialisme, la psychologie sociale et les sciences politiques. Elle soutient qu’une idéologie n’est pas le résultat d’une unique institution sociale mais, au contraire, d’une pluralité, qui ensemble, fait système.
Ainsi l’idéologie spéciste, puisque c’est elle qui nous intéresse, est le produit de l’interaction de différentes institutions sociales qui s’articulent ensemble et font système pour mieux se légitimer. Les institutions sociales qui sous-tendent le spécisme sont politiques, économiques, juridiques, culturelles, sociologiques, religieuses, et philosophiques.
L’approche systémique contredit dès lors toute approche monolithique basée sur un seul facteur de responsabilité.
C’est le cas, par exemple, de la sensibilisation au véganisme, qui pointe presqu’exclusivement la responsabilité des consommateurs dans l’exploitation animale en perdant de vue que le spécisme est une idéologique qui jaillit d’un contexte protéiforme qui le légitimise. En postulant travailler à l’abolition du spécime par le moyen exclusif de la sensibilisation au véganisme des citoyen.nes, l’approche véganiste véhicule une contrevérité qui est maintenant largement établie par les meilleures analyses des origines de l’idéologie spéciste.
Par ailleurs, en pointant du doigt le consommateur comme responsable essentiel de l’exploitation animale, l’approche végane contribue à entraver la recherche des véritables responsables de l’idéologie spéciste qui sont les Etats, les industriels et l’ensemble des institutions sociales qui légitimisent cette idéologie.
Les plus connues sont le racisme et le sexisme. Depuis quelques années, les sciences et la psychologie sociales en ont mis d’autres en évidence : le genrisme, le validisme, le classisme, l’adultisme, …
Le spécisme qui est une oppression systémique qui prend l’espèce comme facteur de discrimination non moralement pertinent (Sarah Zanaz) est encore malheureusement trop peu connu du grand public.
Les discriminations et oppressions systémiques (racisme, sexisme, spécisme, validisme, etc…) ne sont pas le produit du hasard.
Elles sont des outils qui doivent profiter à un système discriminant qui a fondamentalement besoin d’elles pour asseoir sa domination et déployer sa soif intarissable d’exploitation.
On peut polémiquer sans fin sur l’identité ou les identités de ce système exploitant. Certains y voient les œuvres du capitalisme, d’autres de l’impérialisme, d’autres encore du patriarcat, etc…
En confrontant les enseignements de l’Histoire, de la politique, des sciences sociales et de l’économie, et enfin de l’anthropologie, nous pourrions nous entendre sur la détermination de ce moteur commun de discriminations et d’oppressions. Elles découlent toutes de l’idéologie suprémaciste humaine ou plus spécifiquement elles profitent essentiellement à l’homme, occidental, blanc, valide et productif.
Les sciences et la psychologie sociales nous enseignent que toutes les discriminations et oppressions systémiques utilisent des procédés structurels communs : hiérarchisation, dévalorisation, dénigrement, humiliation, paupérisation, animalisation, ostracisation, appropriation, exploitation, marchandisation des corps.
Nous retrouvons ces procédés en action dans les discriminations racistes, sexistes, validistes, etc…et également dans l’idéologie spéciste.
Ce sont les interactions entre elles qui non seulement les renforcent mais qui encore les légitimisent. C’est pourquoi, les sciences sociales utilisent pour les dénoncer, les analyser et les expliquer le concept d’intersectionnalité.
Ainsi pour discriminer une femme, il est fréquent qu’elle soit animalisée (une dinde, une poule, une cocotte, une chienne), qu’elle soit infantilisée (elle ne sait pas conduire, elle n’a pas la stature pour etc…), que son corps soit fétichisé (publicité sexiste), qu’elle soit exploitée (différence de salaire), etc…
Même procédé pour la discrimination raciste. On y retrouve de l’animalisation, du classisme, du validisme, de la hiérarchisation, de l’ostracisation, de la paupérisation. Même réalité pour les mineurs : infantilisés, violentés, infériorisés, déresponsabilisés, paupérisés etc…
Et bien entendu même réalité sordide pour les animaux non-humains qui cumulent tous les procédés de discrimination précités sans aucune exception. Les animaux sont bêtes, incapables, inférieurs, etc…
Toutes ces procédés systémiques sont basés sur des différences réelles ou voire même imaginaires qui ne sont pas moralement pertinentes pour justifier une discrimination légale mais qui sont volontairement instrumentalisées pour justifier les discriminations, les oppressions, les appropriations et l’exploitation économique.
C’est le drame et l’erreur historiques de l’animalisme dépolitisé : être persuadé et tenter de persuader que les responsables de l’exploitation animale sont les seuls consommateurs de produits issus de l’exploitation animale. Une approche monolithique et fausse.
Les responsables de cette fable encore trop répandue parmi les activistes sont des personnes comme Paul Bashir, Ed Winter, Gary Yourofsky et beaucoup d’autres encore. Les responsables de ces associations prônent une stratégie de véganisation de la population qui va bien souvent de pair avec une détestation des personnes qui ne deviennent pas véganes et qui sont ouvertement qualifiées de psychopathes, de criminels, de personnes violentes etc…
Le premier problème essentiel de cette approche, outre son caractère misanthrope, est qu’elle a échoué depuis la nuit des temps. L’humanité a toujours connu des adeptes du végétarisme et du véganisme, depuis l’antiquité, qui ont essayé de convaincre leurs contemporains de la cruauté et de l’inutilité de l’exploitation animale, en vain ! Il y a 2.500 ans, il devait y avoir d’ailleurs plus de personnes végétariennes ou véganes qu’aujourd’hui. Voilà donc des millénaires que cette stratégie ne permet pas de faire décoller le nombre de personnes véganes dans la population de plus de 2% en moyenne mondiale. Un échec, donc, doublé d’une perte de temps et d’énergie considérable.
Alors que le nombre de véganes stagne, le nombre d’animaux non-humains sacrifiés chaque année a lui littéralement explosé depuis 1950. Pire encore, le nombre de victimes en 2026 devrait doubler à l’horizon 2050 selon les prévisions de la F.A.O
Le second problème de cette approche est sa dépolitisation totale.
Les adeptes de la sensibilisation de rue au véganisme ne veulent pas admettre que l’antispécisme est une lutte politique et que le spécisme est une oppression systémique qui repose sur une pluralité d’institutions. Or, comment voulez-vous faire advenir un programme politique aussi révolutionnaire que l’antispécisme si vous n’avez comme soutien électoral qu’un noyau de 2% d’électeur.ices. ? La réponse est évidente, c’est impossible. Il est donc naïf de croire qu’un changement systémique adviendra par cette voie.
Aujourd’hui, en 2026, pour 100 personnes qui naissent, 99 seront demain des spécistes. Par ailleurs, les problèmes sociaux des populations mondiales liées à l’inexorable déclin du capitalisme éloignent définitivement ces populations des préoccupations animalistes. Enfin, l’occidentalisation de l’Asie et la croissance démographique folle de la population mondiale impliquent malheureusement, comme nous l’avons dit, une croissance vertigineuse et ininterrompue du nombre de victimes animales.
Prétendre résoudre le problème de l’exploitation animale par la véganisation des populations revient à vouloir remplir un puit sans fond, ou vider l’océan à la petite cuillère. Cette stratégie, lorsqu’elle est prônée comme étant LA voie à suivre pour faire cesser l’exploitation animale, est non seulement fallacieuse mais est aussi directement responsable de la stagnation juridique des droits des animaux non-humains, faute d’engagement à cet endroit. Aujourd’hui, comme hier et moins que demain, les animaux non-humains restent inexorablement assimilés à des biens meubles exploitables et sont privés de la personnalité juridique non humaine, seule perspective à même de leur octroyer les droits fondamentaux nécessaire pour entraîner l’abolition de leur exploitation.
Ainsi, la sensibilisation au véganisme dès lors qu’elle n’est pas politisée par un relais antispéciste et qu’elle n’est pas accompagnée d’un engagement politique intersectionnel appelant à la convergence des luttes sociales a prouvé son incapacité à lutter seule contre l’exploitation animale.
Nous avons démontré que les oppressions et discriminations systémiques (racisme, sexisme, spécisme, etc..) sont les fruits de procédés structurels communs et systémiques (hiérarchisation, appropriation, exploitation, marchandisation des corps, etc…).
C’est parce que ces procédés structurels se renforcent et se légitiment entre eux qu’ils doivent être combattus ensemble. Ce constat est la moelle épinière de l’intersectionnalisme tel que nous l’avons défini. C’est donc parce que les victimes de ces oppressions systémiques ont des intérêts communs qu’ils et elles doivent faire société en vue de lutter ensemble contre leur adversaire commun : le suprémacisme humain incarné par l’homme, occidental, blanc, valide et productif.
L’animal non-humain s’inscrit dans un continuum des discriminations systémiques. Lui aussi est une victime des ces oppressions systémiques qui bénéficient à ce même adversaire. Il convient dès lors de ne plus le voir comme un bouc émissaire mais bien au contraire, comme une victime de plus de ce système oppressif . L’animal non-humain doit dès lors être sorti de son animalisation pour être érigé au statut de personne juridique non-humaine opprimée par le même système de domination et être considéré, par la même, comme un partenaire de lutte.
Cette personnification est rendue possible par les progrès récents des sciences qui ont fixé comme caractéristique commune la sentience. Le sentientisme, version philosophique, de l’antispécisme politique, est la clé d’assimilation de l’animal non-humain à une personne non-humaine qui a des intérêts personnels au bien vivre et au bonheur et qui se vit comme un sujet de droits à la première personne.
Dès lors, les perspectives politiques de l’antispécisme sont radicalement différentes et l’espoir renaît de ses cendres. En effet, en construisant un front politique commun anti-oppression, la base électorale de l’antispécisme devient conséquente et permet non seulement d’inscrire l’antispécisme à l’agenda politique des états mais également d’entrevoir des résultats électoraux bien plus intéressants.
Faire de l’antispécisme un combat politique est la seule façon sérieuse de lutter contre l’exploitation animale.
C’est pourquoi la L.I.A. travaille ardemment à construire la convergence/la cohérence des luttes sociales de libération. C’est de la réalisation future de cette fusion des luttes sociales dans un large front politique anti-oppressions que dépend le salut politique et juridique des personnes non-humaines.
En dehors de cette stratégie, nous parions, sans l’ombre d’un doute, que la Cause animale n’évoluera pas d’un iota, comme c’est à peu de choses près le cas depuis que l’humanité existe !